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En l'an 1187, Esclarmonde, fille du seigneur des Murmures, refuse de se fiancer à l'homme choisi pour elle. Elle sait que Lothaire, son promis, est un jeune homme violent avec les jeunes filles, conscient de son pouvoir de futur seigneur et en abusant à loisir. Le jour de ses fiançailles, elle se tranche l'oreille devant l'assemblée médusée, et demande à être emmurée dans une cellule contre la chapelle du château des Murmures. Elle fait le voeu d'y rester cloitrée jusqu'à sa mort et de se consacrer à Dieu. Mais le temps passe, les gens changent et elle aussi. Sa vie est transformée par l'apparition d'un enfant et le choix qu'elle a fait va se révéler terriblement pesant. Car Esclarmonde a développé des dons dans sa cellule de pierre. Elle semble figer la mort, et voir le futur. Elle est devenue une sainte aux yeux des pèlerins qui affluent de partout et viennent la voir, se confier, entendre ses conseils. Mais à quel prix ?

Du domaine des Murmures fait partie de la sélection proposée par le Club des Lectrices pour son Prix des Lectrices. Lire des romans issus d'un challenge, donc choisis par d'autres, est enrichissant en soit. C'est une occasion de sortir de ses propres sentiers, battus et re-battus, et d'en découvrir d'autres. Dans le cas présent, si ce livre n'avait pas été au "programme", peut-être que je ne m'y serais jamais intéressée. Donc cet aspect là est toujours positif. Par contre, pour mon avis sur le livre... il est très mitigé. 

Très sincèrement, je suis vraiment partagée. D'un côté, j'ai apprécié cette découverte du monde des recluses, que j'ignorais totalement. Le courage de l'héroïne, sa détermination et surtout la force de caractère dont elle fait preuve à une époque où les femmes étaient considérées comme des sous-êtres, m'ont beaucoup plu. Sa soif de liberté, qui paradoxalement s'accompagne pour elle d'un enfermement à vie, est émouvante. L'évocation des croyances ayant cours au Moyen-Age, la force du merveilleux sur les gens, cette approche quasi "sociologique" est intéressante, et introduite de façon subtile.

Mais ce qui m'a gênée, c'est quand le roman frise le film gore. L'héroïne se tranche l'oreille. Un bébé se fait percer les paumes des mains. Le père d'Esclarmonde devient à moitié fou et tente de se crucifier à son lit. Puis elle a des visions des massacres en Terre Sainte ; la fin est une apothéose de sang... bref, l'effusion d'hémoglobine, c'est pas ma tasse de thé ! Tous ces malheurs pour un seul personnage, cette forme d'acharnement, m'ont un peu fatiguée. Et puis aussi le fait que Carole Martinez essaye d'écrire dans "un style Moyen-Age". Sauf qu'elle l'écrit en 2011, et que pour être digeste elle est obligée de faire une sorte de mixture entre le parler moyenâgeux et notre phrasé moderne : ces dissonances ont eu raison de moi. Parfois, j'ai trouvé quelques tournures un peu ridicules... quant à la reconversion du méchant Lothaire en poète courtois qui chante des chansons à sa belle, là je me fend la poire !

En conclusion, je dirais donc que c'est un roman qui se lit rapidement et de manière plutôt aisée, mais qu'il fut assez déconcertant car je n'ai pas vraiment réussi à trancher. Mais si vous aimez les histoires de chevaliers, de conquêtes, d'amour courtois et que votre coeur aspire à une liberté assortie d'une pointe de masochisme (je plaisante), il est certain que ce livre vous plaira ! Cela dit, je ne suis pas rancunière car je compte bien lire Le coeur cousu, qui a (aussi) eu beaucoup de bonnes critiques...

 

Du domaine des Murmures, de Carole Martinez. Editions Gallimard. 240 pages.