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Un vieil homme, qui n'attend plus rien de la vie. Une île en Suède perdue au milieu de rien, et lui dessus. Des habitudes de solitaire, un silence qui peuple ses jours, un chien et un chat pour lui tenir compagnie, un facteur pour échanger quelques mots, juste le minimum. La vie qui passe au ralenti, au rythme des saisons. La neige, bien souvent. Le soleil parfois. Une fourmilière qui grignote la nappe d'une table. Un trou dans la glace pour se souvenir qu'il est vivant, malgré l'éternel recommencement des mêmes journées, des mêmes gestes.

Et puis un jour, Harriet qui débarque dans la vie de Fredrik. Elle était son amour de jeunesse, il l'a quitté lâchement, disparu sans laisser d'adresse quarante ans plus tôt. Mais elle l'a retrouvé. Elle voudrait juste qu'il tienne une promesse faite par le passé, de la conduire jusqu'à un lac forestier. Elle veut le voir avant de mourir, car elle va mourir, ils le savent tous les deux, et très prochainement, d'une maladie qui ronge ses forces chaque jours un peu plus.

Fredrik et Harriet vont donc se mettre en route, malgré leurs soixante-six et soixante-neuf ans respectifs, malgré l'état de santé préoccupant de l'une, et les bougonneries de l'autre. Tous ces souvenirs qui resurgissent, pleins de tendresse et de chagrin, sont un nouveau souffle de vie. En quelques jours, la vie de ce vieil ours, sclérosé par les regrets, ankylosé par les années, est transformée. Il trouve le courage de dire ce qu'il n'a jamais dit, de faire ce qu'il n'a jamais fait, de réparer le mal qu'il a causé. Et s'il n'était pas si seul qu'il le croyait? Si Harriet ne lui avait pas tout dit ? 

C'est la première fois que je lis Henning Mankell. Les Chaussures italiennes ont été synonymes d'un moment de lecture exquis, un vrai bonheur ; la finesse de ce qui est décrit est absolument remarquable. On pourrait penser qu'il ne se passe pas grand-chose dans ce roman. Que l'histoire n'a que peu d'intérêt... il n'en est rien. L'auteur égrène comme un chapelet ce flot de jolis mots et l'assemblage de ce tout crée une histoire singulière, belle comme les personnages - si semblables aux humains que nous sommes. Le rythme est à la fois lent comme le cycle de la nature, et trépidant comme celui de la vie.

Il soulève des thèmes qui ont fait écho à ma sensibilité ; la perte des êtres chers, le temps qui passe, la faculté qu'à l'humain de sans cesse grandir, évoluer en son for intérieur, se perfectionner. J'ai trouvé chaque personnage attachant ; Fredrik bien sûr, vieux râleur qui se révèle tendre ; Harriet, victime pas si innocente, et tous les autres personnages secondaires, comme ce facteur hypocondriaque qui prend pour prétexte des maladies imaginaires pour le plaisir de discuter quelques instants. Il faut savourer ce petit trésor comme une sucrerie, lentement, avec délectation. Se laisser enivrer par le charme des paysages, par cette atmosphère scandinave. Vous serez attendris par ces anti-héros qui font face à leur passé, écrivent leur avenir, et vous y retrouverez certainement un bout de vous-même, de vos petites et grandes faiblesses.

 

Les Chaussures italiennes, de Henning Mankell. Editions Points. 373 pages.

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