9782070446223amour-noir_couvIl existe une sorte de coutume franco-française dans la critique, qu'elle soit littéraire, musicale ou cinématographique, qui consiste à comparer une œuvre avec une autre, un artiste avec un autre artiste. Ouvrez Les Inrockcuptibles - journal que j'apprécie au demeurant -  et vous vérifierez mes dires. J'avoue que le procédé peut m'irriter dans son utilisation systématique. Cependant, pour une fois, je vais y avoir recours. Parce que ces deux œuvres ont, à mes yeux, les mêmes qualités et les mêmes défauts.

 

Dans Amour noir, Éric se languit d'un amour frustré et destructeur pour Laetitia. Dans La vie est brève et le désir sans fin, Louis Bleriot se languit d'un amour frustré et destructeur pour Nora.

Dans les deux romans, les femmes ont les mêmes attraits: fascinantes, désirables, belles et intelligentes. Elles ont aussi les mêmes travers: manipulatrices, infidèles, perverses, nymphomanes, toujours à court d'argent. Et cruelles, bien entendu. (À l'écriture de cette phrase mon sang féministe ne fait qu'on tour... :-)

Les héros masculins quant à eux, subissent la relation, viennent en aide sur le plan moral et financier à ces femmes qui, ingrates jusqu'aux dernières pages, leur fera payer leur amour au centuple.

La qualité première de ces deux romans est identique: une très belle écriture dont quelques moments sont à relever. " Et puis, comme une musique qu'on entend des centaines de fois mais qui, si elle a de la valeur, semble à chaque fois nouvelle et fraîche, les innombrables étreintes qu'on a avec une femme qu'on aime vraiment se recouvrent l'une l'autre, comme des vagues douces, pour n'en former pour ainsi dire qu'une seule, qui a toutes les caractéristiques des plus belles d'entre elles, chacune fait oublier les précédentes, la présence en plus." (Amour noir

Avec une différence qu'on peut observer; le ton de la vie est brève s'égaye souvent de petites ironies qui font sourire, alors qu' Amour noir n'offre aucun moment de vrai répit dans la désolation (hormis les passages liés à la fascination sexuelle, assez croustillants).

Mais les défauts me sont apparus, hélas, similaires aussi. 238 pages de descente aux enfers pour le héros de Amour noir, contre un yoyo incessant pour celui de La vie est brève, de 350 pages il faut le dire... La même sensation de vague à l'âme en fermant les deux livres; mais pas de celle qui vous fait rêvasser et réfléchir, non. Plutôt de celle qui chuchote à votre oreille "Contente que ce bouquin se termine! Entamons quelque chose de plus gai!"

Ce qui m'amène à cette question: mais quelles femmes épouvantables nos deux auteurs ont-ils croisé dans leur vie pour faire un portrait aussi acide de ces deux bougresses?! On remarquera que Lapeyre nuance un peu plus le portrait de son personnage masculin, qui n'est pas tout rose non plus (mari infidèle, fils fuyant, ami vénal, ado irresponsable et pourtant quarantenaire). Noguez quant à lui nous peint un gentil garçon, qui tente désespérément de comprendre la bourrasque qui lui sert de petite amie, sans jamais ou presque relever des défauts qui auraient pu le rendre moins victime, moins pathétique dans son rôle d'amoureux maltraité. 

En définitive, les amateurs d'histoires sans rédemption s'en trouveront servis. Les amateurs de happy end, eux, peuvent passer leur tour. 

 

Amour noir, de Dominique Noguez. Éditions Folio. 238 pages. Prix Femina 1997.

La vie est brève et le désir sans fin, de Patrick Lapeyre. Éditions Folio. 350 pages. Prix Femina 2010.