Danse-noireParce que Milo Noirlac s'éteint à l'hôpital, son compagnon, Paul Schwraz tente de collecter ses souvenirs, en vue de réaliser leur dernier film, qui portera sur la vie tumultueuse de Milo. De 1910 à 2010, Nancy Huston brode un siècle d'histoire familiale, de l'Irlande au Canada, à l'aide de nombreux personnages.

Notre héros n'a pas été gâté par la vie, c'est le moins qu'on puisse dire. Abandonné par sa mère indienne, prostituée, fils d'un ivrogne bienveillant mais incapable, petit-fils chéri d'un grand-père sans autorité, maltraité par sa tante, l'enfance de Milo est une des plus sinistes qu'il m'ait été donnée à lire. Bon, dis comme ça, c'est un peu abrupt, je le conçois. Mais franchement ! Les scènes où Awanita, sa mère, se prostitue, sont d'une violence sans nom. Quand Milo est en famille d'accueil après son abandon, il est régulièrement battu, avili moralement et physiquement. Ensuite, il est pris par sa tante pour un "punching ball", avec l'aide d'un combiné téléphonique qui sert d'arme et le rendra sourd à force d'être frappé avec (sur la tête, tant qu'à faire). Et je vous épargnerai le récit d'une scène de viol sur mineur, pour couronner le tout... ce que l'auteur, elle, ne nous épargne pas. Rajoutez à cela quelques passages sur l'alcool et l'héroïne, le sida, et youpi ! voilà le livre le plus joyeux de l'année !

En toute honnêteté, j'ai essayé de m'attacher à Milo et j'y ai presque réussi. Awanita sa mère ainsi que son grand-père Neil, Irlandais déchiré entre sa Patrie et ses rêves d'écrivain sont d'autres personnages touchants. Mais que de vas et viens dans ce roman ! D'un chapitre à l'autre, on passe de Neil à Awanita, de Milo en 2010 à Milo enfant, puis ado. Décidemment, je me rends compte que ce procédé littéraire est des plus délicats à manier ; rares sont les romans où cela fonctionne pour moi, et où je ne me sens pas "larguée" au bout de quelques chapitres. Peut-être qu'un développement plus "chronologique" m'aurait permis de mieux m'ancrer dans l'histoire, de mieux la suivre, donc l'apprécier. Et puis deux autres éléments m'ont dérangée : de nombreux passages sont en anglais, des pages entières, sous-titrées par l'auteur en dessous... en québécois ! Alors, au début on se dit "tiens, c'est sympa, ça restitue bien le ton des personnages" puis à la fin c'est plutôt "tabernacle de caribou a moé yen a fichtrement marre d'lire cté sornettes à tout bout'd'champs elle capote complètement la Nancy, en té cas chui en train dme faire enfirouaper total !" C'est plutôt perturbant, et un peu agaçant à la fin, car cela hâche complètement la lecture. Enfin, j'ai eu plus l'impression de lire un scénario de film (foutraque) qu'un roman, et c'est gênant... quand on lit un roman, justement. Le thème de l'auteur est devenu un mode d'expression, et je n'ai pas adhéré du tout à cette originalité, qui à mon sens gâche le propos plus qu'il ne le met en valeur.

Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé Danse noire. Si ce livre ne m'avait pas été adressé gracieusement, je ne l'aurais certainement pas fini (mais j'ai une conscience bloguesque, et je m'y tiens !) Cependant, cela m'aura au moins donné envie de connaitre un peu mieux l'histoire de l'Irlande, et cela tombe bien, car Joyce revient à plusieurs reprises dans le livre, et je dois l'étudier en cours !

 

Danse noire, de Nancy Huston. Editions Actes Sud. 348 pages.

Ce livre m'a été offert dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire du site Price Minister, que je remercie ainsi que l'éditeur Actes Sud. Je tiens à m'excuser auprès d'eux du délai de publication plus que limite...

 

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