julia deck

Viviane Elisabeth Fauville a quarante-deux ans, et le moral pas franchement au top. Son mari vient de la plaquer pour une autre femme (plus jeune), la laissant seule avec sa fille de trois mois. Elle vient d'emmenager à la va-vite dans un petit appartement, et tente malgré l'abattement, de continuer à effectuer les gestes du quotidien. Mais son principal souci est autrement plus grave : elle vient de tuer son psychiatre.

Essayant de se remémorer les évènements qui l'ont conduite à ce crime, Viviane, en femme traquée, apeurée, ne fait rien de ce qu'il faudait pour éviter de se faire prendre. Elle rencontre la femme de son psy, puis sa maitresse, et un autre patient. S'acoquine avec un drôle de type, pas franchement sain d'esprit, et violent. La police est à ses trousses ; on la questionne, on la place en garde à vue puis elle est relâchée. Et ses pensées se font de plus en plus confuses, ses actes de plus en plus déraisonnables. Parce que malgré cette passe difficile qu'elle traverse, Viviane a en elle une force de vie qu'elle ne soupçonne pas. Parce que même si elle doute de faire ce qu'il faut et qu'elle est parfois totalement irresponsable vis-à-vis de sa petite, ses actes sont guidés malgré tout par une sorte d'instinct maternel, totalement animal ; je protège mon petit contre le reste du monde. Alors elle ne peut concevoir d'être arrêtée, ou emprisonnée. Ni que son mari (le divorce n'a pas encore été prononcé) ne puisse s'accaparer sa fille.

Figurant dans la bibliographie de mon cours sur la folie romanesque, et voulant lire ce roman depuis sa sortie à la rentrée littéraire de l'année dernière, je l'ai fini en deux jours à peine. Mais mon avis reste assez partagé. Alternant l'emploi du "vous", du "je" et du "elle", Julia Deck explore les différentes facettes psychologiques de son personnage. Ainsi, elle donne une originalité à sa narration... originalité qui, je l'avoue, m'a un peu déroutée. Certains passages assez glauques m'ont mise mal à l'aise, sans que je ne puisse dire s'ils me paraissaient nécéssaires ou superflus. L'héroïne elle-même m'a beaucoup questionnée et j'étais sans cesse partagée entre la compassion, voir la pitié, et une forme de rejet aussi pour cette folie en elle qui menace à tout instant de déborder. Ses réactions vis-à-vis de sa fille m'ont parfois choquée, et si son désespoir ne m'a pas laissée indifférente, je crois que j'aurais tout de même aimé plus d'explications quant à sa cause première. On comprend qu'il y a une histoire douloureuse liée à sa propre mère, mais l'auteur reste évasive ; j'aurais aimé trouver plus de réponses à mes questions. 

Viviane Elisabeth Fauville est un premier roman prometteur, même s'il possède quelques failles. Il ne laisse en tout cas pas indifférent.

 

Viviane Elisabeth Fauville, de Julia Deck. Les Editions de Minuit. 155 pages.