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Mathias Gadara est chargé de mission auprès du cabinet du maire de Paris. Jusqu'à présent, il a toujours été un homme de l'ombre, un "gratte-papier" rédigeant des notes devant servant à écrire des discours. L'inauguration d'une crèche ou les nouvelles plantations de rosiers du Jardin des Plantes, voilà son quotidien. C'est un employé consciencieux, dévoué à sa ville. Jusqu'à l'agression de Fata Okoumi, richissime femme d'affaires africaine. Cette dernière est à l'hôpital suite à une bavure policière. Du fait de son statut, ce qui n'aurait pu être qu'un sordide fait divers prend une empleur politique et sociale considérable. Le maire demande à Mathias de se consacrer uniquerment à cette mission, et de rencontrer Fata Okoumi, puis ses enfants, pour réfléchir à une réparation qui lui conviendrait. Mais que faire quand celle-ci émet l'étrange désir de "faire disparaitre Paris" ?

Martin Page écrit là un roman dont les thèmes sont fortement connotés politiquement. Son personnage principal travaille pour une municipalité de gauche, et dénonce à plusieurs reprises le fait que les classes moyennes à populaires ont de plus en plus de mal à se loger dans Paris. Il rappelle le racisme et les disparités entre les quartiers (de la Butte aux Cailles à Barbès) ainsi que la formation des policiers, censés protéger et non être agresseurs. Il interroge aussi la question du mal présent en chacun de nous, et ce qui fait qu'un instant dérape vers l'impensable ; qu'est-ce qui a bien pu pousser ce jeune policier (dont l'enquête semble démontrer qu'il n'est "même pas" raciste) à frapper d'un coup de matraque sur la tête une femme de 70 ans, au simple prétexte qu'elle refusait poliment de lui montrer ses papiers ? 

Mais c'est aussi un livre sur la perte, la mort de ceux qui nous sont chers (la disparition) et sur notre capacité à reconstruire (la renaissance) que ce soit après un deuil ou une déception amoureuse. L'auteur rend hommage aux hommes ordinaires que nous sommes, et qui ignorent les ressources extraordinaires qu'ils ont enfoui en eux. Car nous avons tous le pouvoir de faire naitre le bien du mal, de réparer. C'est un roman profondément humaniste et utopiste. J'ai aimé les contradictions du héros, le fait qu'il se sente proche de cette famille pourtant si éloignée de lui, qu'il reconnaisse que cette agression a fait grand bruit car il ne s'agit pas de n'importe quelle femme noire ; ce sont ces nuances qui évitent un récit manichéen ou naïf. Et puis c'est un homme attachant, qu'on nous montre en train de changer jour après jour, de prendre sa vie en main.

En refermant La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique, je me suis souvenue combien j'aime Paris, cette ville que je continue à appeler mienne malgré les années qui passent sans que je vive en son sein, mais à côté d'elle, à sa périphérie : elle continue de vivre en moi.

 

La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique, de Martin Page. Editions Points. 222 pages.

Je préviens par contre ceux qui sont tentés par cette édition poche : la postface de l'auteur, qui explique sa démarche narrative, intervient juste après la dernière ligne. Cela m'a surprise ; j'ai cru qu'il s'agissait d'un dernier chapitre en forme de fin, ce qui n'est pas le cas. Voilà, je vous le dis car personnelement, ça m'a un peu perturbée... 

Ce livre a reçu le Prix Ouest France Etonnants Voyageurs 2010

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