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Comme beaucoup j'avais entendu parler de ce roman qui met en scène un professeur de français dans un collège difficile et adapté plus tard au cinéma par Laurent Cantet, avec François Bégaudeau dans le rôle-titre (Palme d'Or à Cannes, entre autre). Le sujet m'intéressais, et pour avoir passé trois années infernales dans un collège en ZEP du 19ème arrondissement de Paris, je me suis dis que ça pourrais forcément me parler...

Pour le sujet, je ne m'étais pas trompée. En effet, les faits relatés ressemblent beaucoup à ce que j'ai pu connaitre. Les rapports entre élèves et professeurs, le je-m'en-foutisme de certains, l'incompréhension, les conseils de discipline, la violence et le découragement du corps enseignant sont des thèmes traités par Entre les murs de manière identifiable. Et si ces thèmes sont très importants pour notre société, ils ne sont pourtant que trop rarement abordés. Pour cela, je n'ai rien à redire. Mais pour le reste...

Premièrement, si l'aspect un peu foutraque de la narration est sympathique au début, il devient très vite agaçant. Les phrases sont jetées en vrac, la ponctuation est volatile, et surtout, surtout, on a bien du mal à identifier qui parle quand plusieurs personnages prennent la parole en même temps et que l'auteur emploie le dialogue sans y mettre aucune forme (tiret, ouvrir les guillemets, nom du personnage éventuellement !) Puis je me suis mise à relever de manière automatique les innombrables répétitions. Ok, c'est justement pour retranscrire ce sentiment de répétition ressenti par l'enseignant dans le défilement des journées au collège, toujours semblables. On a compris. Mais au cinquantième descriptif du logo sur le tee-shirt des gosses et sur la machine à café qui ne prend jamais les pièces, j'ai craqué. Assez !

Au bout d'une centaine de pages, "la moutarde me montait au nez", pour reprendre une expression chère à l'auteur qui l'emploie à de nombreuses reprises. Parce que la façon qu'a le prof de "charrier" ses élèves ne m'a même pas fait rire. Parce que la réalité qui se cache derrière ses bons mots, c'est que lui a un travail, a un avenir ; alors que celui de ces gamins ne sera pas bien rose. Sachant cela, j'ai ri jaune, voire grimacé. Oui l'école ne peut pas tout, oui il y a des élèves dont personne ne veut car ils perturbent tous les autres qui veulent s'en sortir, ils ne savent même pas eux-mêmes ce qu'ils font au collège, c'est vrai, ça existe, ne soyons pas naïfs. Mais la banalisation du "de toute façon ils sont foutus", discours assez commun en salle des profs dans le roman, m'a mise mal à l'aise. Sans parler du fait que ce prof un peu donneur de leçon, qui oscille entre envie d'exercer son métier en transmettant ses connaissances et désespoir de ne pas y arriver, fait lui même des fautes de langage. Un comble ! Certes, il se bat à sa manière pour que ses classes ne décrochent pas totalement, mais on sent qu'il perd lui-même pied parfois.

Quant à la fin du roman, je ne sais même pas si l'on peut appeler ça une fin. L'auteur semble avoir commencé son paragraphe, puis posé son stylo, s'arrêtant au milieu de rien, comme lassé. Tout autant que sa lectrice, qu'il n'a su qu'agacer, et qui arrête là son article. 

 

Entre les murs, de François Bégaudeau. Editions Gallimard. Collection Folio. 290 pages.

 Prix France Culture-Télérama en 2006.

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