9782757824696_1_75

Lorsque le petit ami de sa fille Marina se tue tragiquement en moto, la vie de Jérome prend une tournure inattendue. Le héros est un cinquantenaire qui n'attend plus grand chose de la vie depuis quelques années déjà ; son ex-femme est partie, lui laissant la garde de l'adolescente. Les maisons se vendent à l'agence immobilière où il travaille, bon an mal an.  Il fait avec ses souvenirs d'enfance, compose avec son secret, ment par omission, ne voit pas grand monde. Et puis d'un coup, ce deuil qui rentre comme une bourrasque dans sa maison. Le chagrin inconsolable de sa fille de dix-huit ans. La colère, le désarroi, et puis un abattement qui tombe de tout son poids sur Jérome, sans qu'il comprenne pourquoi. Peut-être parce que ce drame fait resurgir ses vieux démons, et le petit garçon perdu qu'il a été ? Parce qu'il est un enfant trouvé, et que personne ne le sait. Lui-même d'ailleurs, que sait-il réellement ?

La mort, la jeunesse, la parentalité, les chemins que la vie nous réserve ; il y a beaucoup de beauté dans ces lignes. Des personnages atypiques et si réalistes aussi, comme Rosy, la meilleure amie de Marina; Vilno Smith, une cliente farfelue de l'agence, ou l'inspecteur Cousinet. Ce sont des êtres lumineux qui égayent et aident Jérome, chacun à leur manière. Et puis il y a le souvenir, puissant et fier, d' Annette, la mère de Jérome ; tout en amour et en pudeur. Côté style, l'auteur s'autorise des dérives vers le fantastique parfois, et ajoute beaucoup de poésie à tout ce chagrin qu'elle nous donne à lire, ce qui rend l'histoire non seulement digeste, mais aussi bouleversante. 

J'ai trouvé ce roman en Inde, par hasard, dans un hôtel. Dès la toute première page, je me suis laissée entrainée par l'écriture, et l'immersion a été totale. Je n'ai pas seulement aimé cette histoire: j'ai été comme envoutée par elle. Car il y a dans ce petit livre une atmosphère très spéciale, qui vous prend aux tripes. Je pense que c'est quitte ou double : on y adhère totalement ou pas du tout. Moi qui ai du mal avec les histoires biscornues ou peu plausibles, là je n'ai pas cherché à comprendre la part de réel ou d'imaginaire, de crédible ou non ; j'ai juste suivi le courant. Les thèmes abordés sont larges, mais l'auteur réussit à trouver une cohérence dans tout ça, et l'intrigue, car il y en a une, vous laisse chancelant aux dernières lignes...

C'est un livre qui m'a profondément émue, sans que je comprenne pourquoi (je n'ai pas été abandonnée dans un bois, mes parents ne sont pas divorcés...). Peut-être est-ce tout simplement la fragilité de cet homme qui m'a touchée. Son côté asocial aussi, limite inapte, est troublant. Il pourrait presque être antipathique à force de molesse, mais ses réflexions sont si humaines qu'on lui pardonne aisément ses maladresses. Un roman plein de force, à ne manquer sous aucun prétexte.

 

Dans la nuit brune, de Agnès Desarthe. Editions Points. 233 pages. 

 

Ce livre a reçu le Prix Renaudot des lycéens 2010

A tous prix

400_F_44360493_KcoNJQWP1Fxa8MtDoggj16Ws8m6rsZF3