les_justes_couvLes Justes est une pièce de théâtre en cinq actes, mise en scène pour la première fois en 1949 au théâtre Hebertot. Elle est inspirée de faits réels. 

Dans la Russie de 1905, un petit groupe de révolutionnaires socialistes fomente un attentat contre le grand duc Serge, oncle du Tsar. Les protagonistes ont chacun leur rôle à jouer au moment fatidique. Annenkov est le chef du groupe, Dora a fabriqué la bombe, Kaliayev lancera la première bombe; s'il échoue, Voinov lancera la seconde. Stepan, revenu du bagne depuis peu, restera dans l'appartement avec Annenkov et Dora, malgré sa volonté de prendre la place de Kaliayev.

Cependant, au moment prévu, aucun bruit d'explosion ne retentit.Yanek Kaliayev échoue une première fois à réaliser leur mission. Revenant à l'appartement, il explique aux autres qu'il s'est sentit incapable de lancer la bombe, en découvrant la présence de deux enfants dans la calèche au côtés du grand duc, ses neveux. Le débat va diviser les personnages, jusqu'à la décision finale de renouveler l'attentat le surlendemain. Même si ce roman a été écrit il y a plus de 65 ans et qu'il est devenu un classique de la littérature, je ne vous révèlerai pas la fin (disponible sur tous les sites de fiches de lecture). Histoire de garder un minimum de suspense...

Au delà du scénario lui-même, c'est surtout la réflexion que Camus cherche à provoquer qui est passionnante. Les thèmes et les questions soulevées par le texte sont toujours (malheureusement) d'actualité. J'en parlais d'ailleurs dans ma critique du roman de Yasmina Khadra, L'attentat. La révolte et l'injustice peuvent-elles tout justifier? Peut-on sacrifier des enfants au nom d'une idée? Ne devient-on pas un meurtrier plutôt qu'un justicier dès lors que l'on place la justice au-dessus de la vie humaine? Ce sont des questions philosophiques qu'il me semble essentiel de se poser, à toutes les époques, car les hommes sont toujours plus ou moins semblables siècles après siècles, et les motifs de révolution toujours existants. Mais qu'est-ce que la justice? La relativité du Mal des Puissants est aussi posée par l'intervention de la femme du grand-duc, qui rappelle à Yanek qu'il a tué un homme avant d'avoir tué un symbole, un homme qu'elle aimait et qu'elle voyait d'une toute autre façon.

Je vous invite donc, si vous ne le connaissez pas, à vous plonger dans ce texte court mais plein de questionnements. Je ne doute pas que cela puisse encore et toujours, provoquer le débat...

 

Les Justes, de Albert Camus. Editions Gallimard. Collection Folio. 160 pages.