7756867652_de_la_on_voit_la_merLouise est écrivain. Pour trouver le calme propice à l'inspiration, elle a besoin d'être loin de chez elle, seule. Elle se rend dans une villa qu'une amie lui a prêtée à Livourne, en Italie. Dans la chaleur de l'été toscan, et loin de son mari, François, resté à Paris, elle écrit. Car Louise est une femme sans réelles attaches, "sans amarres", hormis l'impérieux besoin d'écrire. Depuis des années, depuis le succès de ses premiers romans, elle a imposé cette façon de faire. Elle a même dit un jour à celui qui partage sa vie: " Si je dois choisir entre l'écriture et toi, alors je choisis l'écriture". Mais rien ne se passera comme prévu. Parce qu'elle est loin, parce que Luca se présente sur sa route, qu'il a vingt ans de moins qu'elle et que tout les sépare, Louise va plonger dans l'adultère. Elle qui, malgré la distance n'a jamais commis cette trahison, va s'y complaire avec délicatesse, presque en toute innocence, tant le geste n'a pas été prémédité. Car ce personnage prend ce qui lui arrive avec le naturel des gens sûrs d'eux-mêmes, sans se poser d'inutiles questions. Alors quand un coup de téléphone de Paris fait tout basculer, comment notre écrivain solitaire et infidèle va-t-elle s'en sortir? En mentant ou en affrontant la vérité? En se protégeant ou en blessant l'autre? En restant ou en partant?

J'ai entendu parler de ce roman à la Grande Librairie. L'émission m'a donné très envie de le lire, car Philippe Besson parle avec beaucoup de passion de son héroïne. Je ne partage pas l'avis commun qui consisterait à affirmer qu'elle est cruelle ou égoïste. Elle m'a même bien plu, avec ses airs hautains, sa façon de toujours se positionner "au-dessus" du monde. Elle vit sa vie et assume ses choix, et s'il semble vrai qu'elle ne se préoccupe pas beaucoup d'autrui, elle demeure malgré tout entière. Elle ne transige pas avec les autres, pas plus qu'avec elle-même, et cela la rend sympathique, presque humaine. Pourtant tout l'accuse. Elle ne semble pas avoir de remords, ou de sentiments. Et pourtant...

Mon seul regret: l'impression de ne pas avoir de suspense. J'en ai tellement entendu parler, qu'il n'y a pas eu d'effet de surprise. Cependant cela n'aura pas gâché mon plaisir. Certains diront qu'il s'agit d'un énième roman sur un thème déjà éculé. C'est vrai, Besson n'invente rien, ou du moins n'innove pas. Mais la force de son personnage et la fragilité de cette femme que l'on suit au moment où sa vie bascule, m'ont touchée. Le soleil italien, qui illumine l'ensemble du livre, n'a eu de cesse de me réchauffer. J'ai regardé avec les yeux de Louise les pêcheurs sur le port, le va et vient des bateaux. J'ai vibré aussi à l'évocation du beau Luca et j'ai eu de la peine pour ce pauvre François. Un roman qui remplit donc son rôle; voyager, ressentir, aimer. J'aime.

 

De là, on voit la mer, de Philippe Besson. Éditions Julliard. 204 pages.

Je remercie grandement Babelio et les Editions Julliard qui m'ont permis de recevoir ce livre, dans le cadre de l'opération Masse Critique.

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