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Si je présente principalement des romans sur ce blog, sachez que ce ne sont pas mes seuls objets d'intérêt. Pendant des années j'ai lu beaucoup d'ouvrages d'histoire, des livres sur des sujets d'actualité, de société, et des essais. Je reviens donc à mes amours passés pour vous parler d'un petit livre fort éclairé, qui m'a vraiment beaucoup plu.

Le Sanglot de l'Homme Noir est un titre emprunté d'un livre de Pascal Bruckner, intitulé Le Sanglot de l'Homme blanc. L'auteur tient à parler de "la tendance qui pousse certains Africains à expliquer les malheurs du continent noir - tous ses malheurs- à travers le prisme de la rencontre avec l'Europe". Il considère que "celui qui hait aveuglément l'Europe est aussi malade que celui qui se fonde sur un amour aveugle pour une Afrique d'autrefois, imaginaire, une Afrique qui aurait traversé les siècles paisiblement, sans heurts, jusqu'à l'arrivée de l'homme blanc venu chambouler un équilibre sans faille".

Racontant des anecdotes sur sa vie personnelle, comme ses études de droit à Nantes puis à Paris, ou ses voyages à l'étranger (il est professeur en Californie depuis de nombreuses années), l'auteur fait passer de nombreux messages, de façon assez subtile. Il aborde la question des identités africaines (qu'ont en commun un Antillais, un Sénégalais, et un Noir né dans le Xe arrondissement?) de leur héritage commun, des langues, de l'histoire de ces pays (de façon sommaire, l'ouvrage ne se prétendant pas être spécialisé en géopolitique...), de l'histoire des indépendances. Il dénonce les régimes dictatoriaux qui ont eu cours en Afrique même après le départ des Blancs. Il a le courage d'affirmer ceux que peu de gens savent: l'esclavage existait avant la colonisation, par les Arabes, et la colonisation par les notables africains. Vieux souvenirs de mon cours d'Histoire de l'Afrique Noire à la fac, sur ce chapitre qui m'avait particulièrement marquée, tant il n'est jamais exprimé (cela ne retirant ni ne minimisant en rien la responsabilité des Européens). La notion de droit du sol contre droit du sang est aussi très bien expliquée, ainsi que des éclaircissements sur la façon dont sont pensées depuis plusieurs années les politiques migratoires en Europe.

J'ai beaucoup aimé toute la partie où Alain Mabanckou parle de la littérature africaine (que je connais très peu). Il cite beaucoup de noms, et les notes de bas de page permettent de s'y reporter (je me suis faite une petite liste de livres cités, à aller consulter...). J'ai aimé son potionnement et sa franchise quand il critique ceux qui remettent en cause la francophonie dans leurs écrits mais qui vivent grâce aux maisons d'édition française, acceptent des prix français; ça m'a fait sourire.

En définitive, c'est un petit livre intelligent, qui exhorte chacun à l'auto-analyse, et une jolie leçon de tolérance. Je trouve que ce n'est pas inutile par les temps qui courent...

 

Le Sanglot de l'Homme Noir, de Alain Mabanckou. Editions Fayard. 179 pages.